Au 1er janvier 2023, la France comptait 73 998 avocats d’après le ministère de la Justice, dont 36 % exercent à titre individuel. Dans une même ville, ces cabinets se disputent les mêmes recherches locales, celles où Google affiche une carte avec quelques établissements.
Pour y prétendre, un avocat installé ou en cours d’installation doit d’abord créer sa fiche Google Business Profile, puis la renseigner dans le respect du RIN. Voici comment procéder, et ce que la déontologie autorise à chaque étape.
Qui peut créer une fiche Google pour son cabinet d’avocats ?
Tout avocat qui reçoit ses clients à une adresse physique peut créer gratuitement une fiche d’établissement Google, nom français de Google Business Profile. Google range les avocats parmi les professionnels indépendants, ce qui leur ouvre une fiche à leur nom. Les conditions détaillées figurent dans l’aide officielle de Google.
La condition qui bloque le plus de cabinets est l’adresse. Google refuse la fiche pour une adresse de domiciliation commerciale (bureau virtuel). Il accepte un espace de travail partagé à condition qu’il soit clairement signalé, que vous y receviez vos clients et que votre personnel y soit présent pendant les horaires d’ouverture. Selon votre situation, lisez notre analyse de la domiciliation d’un avocat ou celle des cabinets en coworking.
Un avocat qui se déplace chez ses clients masque son adresse et indique une zone desservie, limitée à deux heures de trajet.
Dans un cabinet de plusieurs avocats, Google demande une fiche par avocat en contact avec les clients, plus une fiche pour le cabinet. La fiche de l’avocat porte son seul nom, et le personnel administratif n’en crée pas. Créer plusieurs fiches pour refléter chaque spécialité est interdit.
Comment créer et valider la fiche de son cabinet ?
Il faut un compte Google, puis ajouter l’établissement depuis business.google.com/add et valider la fiche selon la méthode que Google impose.
Google choisit seul la méthode de validation : SMS ou appel, e-mail, appel vidéo en direct, enregistrement vidéo ou courrier postal. Elle dépend notamment du type d’établissement et de la région. Un standard vocal interactif ne peut pas recevoir le code par téléphone.
Pour la vidéo, le nom du cabinet doit apparaître sur un support permanent (plaque, devanture) et correspondre à celui de la fiche. C’est un point délicat dans un immeuble partagé. Si vous recevez un courrier, le code arrive généralement sous 14 jours et reste valable 30 jours. Ne modifiez ni le nom, ni l’adresse, ni la catégorie en attendant.
Google annonce un examen de la fiche pouvant aller jusqu’à cinq jours ouvrés. La validation peut être instantanée si votre site est déjà validé dans la Search Console, l’outil gratuit de Google qui suit la présence de votre site dans ses résultats.
Quelles informations renseigner, et que permet le RIN ?
Le nom, la catégorie, la description, les services et les photos sont à compléter en respectant à la fois les consignes de Google et l’article 10 du RIN. À notre lecture, la fiche relève de la publicité personnelle que vise la version consolidée du RIN : toute communication destinée à promouvoir les services de l’avocat.
Le nom de la fiche est celui du cabinet, tel qu’il figure sur votre signalétique et vos documents. Google interdit d’y ajouter un slogan, une ville, des services ou un numéro de téléphone, sous peine de suspension. L’article 10.6 du RIN va dans le même sens : une dénomination qui évoque de façon générique le titre d’avocat ou un domaine du droit est interdite. Un nom du type « Avocat divorce La Rochelle » enfreint donc les deux règles.
Pour la catégorie, Google demande une catégorie principale et autorise jusqu’à neuf catégories supplémentaires. Sa consigne est d’en choisir le moins possible, en se demandant ce que l’établissement est plutôt que ce qu’il propose. Google ne publie pas de liste officielle : vous choisissez dans le menu proposé lors de la saisie. L’article 10.2 du RIN réserve le mot « spécialiste » aux titulaires d’un certificat de spécialisation et limite les domaines d’activités dominantes à trois, qui doivent correspondre à une pratique effective et habituelle. À notre avis, une catégorie par domaine doit rester dans ces limites. En cas de doute, interrogez votre Ordre.
La description tient en 750 caractères au maximum, sans URL, sans HTML, sans promotion ni prix. Elle peut porter les mentions de l’article 10.2 : votre qualité d’avocat, le barreau d’inscription, votre structure d’exercice, de quoi vous localiser et vous joindre. Le CNB écarte les formules laudatives du type « le meilleur » et toute mention comparative.
Complétez ensuite les horaires, le numéro principal (deux autres au maximum) et les services, sans prix ni numéro de téléphone dans leur intitulé. Renseignez l’adresse de votre site vitrine. L’article 10.5 du RIN impose de le déclarer à l’Ordre et d’y employer un nom de domaine conforme à la déontologie.
Pour les photos, préférez les locaux. Le secret professionnel couvre le nom des clients (article 2.2 du RIN), et le vade-mecum du CNB précise qu’un client ne peut pas autoriser la mise en ligne de son nom ou de sa photo. Le tableau ci-dessous met en regard les deux cadres.
| Champ | Ce que Google demande | Ce que le RIN impose |
|---|---|---|
| Nom | Nom réel du cabinet, sans mot-clé ni ville | Art. 10.6 : pas de dénomination générique évoquant le titre d’avocat ou un domaine du droit |
| Adresse | Adresse physique avec accueil et signalétique, hors domiciliation commerciale | Art. 10.2 : permettre de localiser et de joindre l’avocat |
| Catégorie | Le moins possible, selon ce qu’est le cabinet | Art. 10.2 : « spécialiste » réservé aux titulaires d’un certificat, trois domaines au maximum |
| Description | 750 caractères, sans URL ni promotion | Art. 10.2 : mentions obligatoires, aucune mention trompeuse ou comparative |
| Photos | Pas de visage de tiers sans consentement | Art. 2.2 : aucun nom ni photo de client |
Reste l’Ordre. L’article 10.3 impose de lui communiquer sans délai toute publicité. À notre lecture, cela inclut la fiche : informez votre barreau de sa création, et relisez les règles de la publicité des avocats.
Comment répondre aux avis sans rompre le secret professionnel ?
Google autorise à demander des avis authentiques sans contrepartie, mais le secret professionnel, qui couvre le nom des clients, invite à ne jamais confirmer publiquement qu’un auteur d’avis est votre client.
Google interdit d’offrir un avantage contre un avis, de décourager les avis négatifs ou de ne solliciter que les positifs, et de demander un contenu précis, par exemple nommer un membre du personnel. Il admet en revanche une demande d’avis qui reflète une expérience réelle, sans chercher à en influencer la note ni le contenu.
Côté profession, le guide du CNB sur les plateformes en ligne rappelle qu’un avis de la commission des règles et usages a exclu qu’un avocat reprenne sur son site les commentaires élogieux de ses clients. Ne republiez donc pas vos avis sur votre site. Aucun texte du CNB que nous avons consulté n’interdit expressément de demander un avis Google : en cas de doute, interrogez votre Ordre.
Pour répondre, la fiche doit être validée. Les réponses sont publiques, affichées au nom de l’établissement et examinées par Google, généralement en 10 minutes, parfois jusqu’à 30 jours.
Que peut-on attendre de la fiche et comment en suivre les résultats ?
Google classe les résultats locaux principalement selon la pertinence, la distance et la popularité, et aucune fiche ne garantit une place sur Maps. La pertinence mesure l’adéquation entre la recherche et la fiche, la distance la proximité de l’internaute. La popularité s’appuie notamment sur le nombre d’avis et de sites qui renvoient vers le cabinet.
Seule une partie de ces critères dépend de vous : une fiche complète, des avis authentiques, un site cohérent. La distance et la concurrence locale n’en dépendent pas, et les perspectives diffèrent entre une petite ville et un domaine très disputé dans une grande métropole.
Parmi les cabinets que nous accompagnons, les mêmes difficultés reviennent le plus souvent : un site sans trafic, un manque de visibilité, trop peu de demandes de contact. Une fiche absente ou incomplète peut en faire partie. Le référencement naturel, c’est-à-dire l’optimisation du site pour apparaître sans publicité payante, renforce l’ensemble.
Une fois la fiche validée, Google affiche des statistiques : recherches, vues, itinéraires, appels, clics vers le site, messages et réservations. Elles mêlent résultats naturels et Google Ads, et peuvent être téléchargées.
Une fiche conforme à Google et au RIN avant tout
La création tient en quelques étapes ; l’essentiel du travail consiste à vérifier l’adresse, le nom et la description avant la validation. Informez ensuite votre Ordre et gardez la fiche à jour. Les résultats dépendent de votre ville, de votre domaine et de la concurrence locale.
Questions fréquentes
La fiche Google d’un cabinet est-elle payante ?
Non, Google indique que la création et la gestion de la fiche se font sans frais. Seul le temps de la renseigner et de la tenir à jour est à prévoir.
Peut-on changer le nom de la fiche après la validation ?
Oui, mais Google indique qu’un changement de nom peut obliger à refaire la validation. Le nouveau nom doit rester celui de votre signalétique et de vos documents, sans mot-clé.
Faut-il une fiche par domaine de droit ?
Non. Google demande de ne pas créer plusieurs fiches pour refléter chacune de vos spécialités. Un cabinet de plusieurs avocats a une fiche par avocat et une fiche pour le cabinet.
Peut-on proposer la prise de rendez-vous en ligne depuis la fiche ?
Oui, si votre catégorie le permet, car Google réserve ce lien à certaines catégories. L’article 19 du RIN impose que l’avocat puisse toujours entrer personnellement et directement en relation avec l’internaute.
Peut-on publier des photos de clients ou une photo en robe ?
Non, ni l’un ni l’autre. Le secret professionnel interdit de mettre en ligne le nom ou la photo d’un client, même avec son accord, et le CNB écarte la photo en robe dans une publicité.
Sources
- Google, Ajouter ou revendiquer votre fiche d’établissement
- Google, Valider votre établissement sur Google
- Google, Consignes relatives à la représentation de votre établissement
- Google, Modifier votre fiche d’établissement
- Google, Contenus interdits et soumis à des restrictions
- Google, Gérer les avis client
- Google, Astuces pour améliorer votre classement local
- Google, Comprendre les performances et les insights
- Conseil national des barreaux, Règlement intérieur national, version consolidée de juillet 2026
- Conseil national des barreaux, Vade-mecum de la communication des avocats, 3e édition, octobre 2023
- Conseil national des barreaux, Guide pratique sur la participation des avocats aux plateformes en ligne, mise à jour mars 2020
- Ministère de la Justice, Références statistiques Justice 2024, les avocats
Les fonctionnalités, règles et tarifs cités sont ceux en vigueur à la date de publication de cet article.












